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Factoring : l’activité des sociétés spécialisées en chute libre

Les banques aspirent une partie de la clientèle en offrant des taux très bas sur les crédits à court terme. La montée de la sinistralité dans certains secteurs pousse les factors à la prudence

Les opérateurs spécialisés du factoring remettent les pieds sur terre après une année 2014 exceptionnelle au cours de laquelle la production a augmenté de 40%. D’après les chiffres de l’Association professionnelle des sociétés de financement, les remises de créances ont marqué une baisse de 4,4%, à 22,7 milliards de DH à fin septembre. Dans ce sillage, les encours de remises sont passés de 6,3 à 5,2 milliards de DH, en retrait de 16,2%. Les créances financées ont quant à elles plongé de 22,6%, à 3,9 milliards de DH.

Cette chute est surprenante, d’autant plus que les délais de paiement inter-entreprises continuent de s’allonger. Qu’est-ce qui expliquerait alors ce renversement de tendance, pour le moins curieux ? Selon des acteurs du marché, plusieurs clients préfèrent désormais le crédit classique au factoring. A tout le moins, ils profitent d’une situation inédite. En effet, pour relancer leur activité de crédit, les banques ratissent large et n’hésitent pas à offrir des taux très bas sur les crédits à court terme. Dès lors, «une entreprise qui a le choix entre le factoring et les crédits classiques va automatiquement chez la banque», explique un responsable d’une filiale de la place.

Les départements factoring des banques s’en sortent largement mieux

Il ajoute que les factors filialisés se financent en tant que simples clients chez les banques, ce qui fait que leur coût des ressources est élevé. En conséquence, leur taux de sortie facturé à la clientèle se trouve naturellement plus élevé que celui des banques. Selon les informations recoupées dans le secteur, les taux d’affacturage se situent aujourd’hui à 6% en moyenne, en plus des différentes commissions liées aux opérations.

Mais la concurrence des banques ne justifie pas à elle seule la situation. La baisse de l’activité est également liée aux problèmes de solvabilité des entreprises clientes. A en croire les acteurs du marché, il y a eu des coups durs dans plusieurs secteurs, notamment la sidérurgie (rond à béton en particulier), le commerce de céréales, l’immobilier et les hydrocarbures. Pour se prémunir, les assureurs crédit ont réduit considérablement leurs plafonds de couverture.

En conséquence, les factors qui étaient assez engagés avec certains opérateurs de ces secteurs se sont trouvés obligés de réduire la voilure de leur financement. De plus, face à la dégradation du rating de certains clients, ils ont naturellement revu à la hausse les taux, ce qui les a rendus moins compétitifs.

A cela s’ajoute le fait que les filiales de multinationales, grandes utilisatrices de factoring pour des raisons d’optimisation financière, trouvent aujourd’hui plus intéressant de se financer auprès des banques à des taux très préférentiels au lieu de purger leur bilan en confiant leurs postes clients aux factors.

Si les filiales spécialisées accusent le coup, les départements factoring des banques s’en sortent largement mieux. D’après les estimations de quelques opérateurs (ces entités ne communiquent pas officiellement), leurs engagements continuent de croître.

En 2014 déjà, les départements dédiés à l’affacturage au niveau de Banque Populaire, BMCI, Société Générale et Crédit du Maroc (qui a démarré en 2014) ont produit quelque 24 milliards de DH. Selon les acteurs sondés, ces départements tirent leur force de leur adossement direct aux banques. En effet, leurs ressources sont largement supérieures et de loin à celles des filiales de factoring qui n’ont pas de dépôts. Aussi, les ratios prudentiels et de division de risque leur permettent de donner plus de financements. De surcroît, ils capitalisent naturellement sur les synergies avec leurs réseaux bancaires. «Pour une banque qui finance le cycle de production d’un marché en octroyant les cautions et les pré-financements, il est plus logique qu’elle donne également l’avance sur facture, sachant que le factoring vient en aval du cycle de production», explique un spécialiste.
Il ajoute qu’en gardant toute l’opération en interne, elle suit toutes ses étapes et est plus sûre de se faire rembourser.

Dans le même ordre d’idées, le responsable de la filiale explique que l’approche des départements bancaires et des filiales est totalement différente. Il relève que les premiers font plutôt un habillage d’affacturage, du moment qu’ils n’offrent pas toujours des prestations de recouvrement, et les opérations ne sont pas adossées à une assurance crédit.

Cela dit, force est de constater qu’il arrive que des opérations de factoring soient financées au même taux par les banques et leurs filiales, mais pas pour la même clientèle. A population identique, les filiales restent plus chères que leurs maisons mères.

Il reste à souligner que le taux de financement des remises qui correspond au montant avancé s’est inscrit en baisse.

Sur fond d’une sinistralité en hausse, la moyenne sur le marché dépasse rarement 60% de la facture contre 80% obtenus facilement auparavant.

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