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La croissance et l’emploi à la peine malgré les réformes.

En 2015, la croissance rebondit et devrait s’établir à 4,3%, mais pour retomber à 2,6% en 2016. Les déséquilibres macroéconomiques sont pratiquement résorbés, mais l’impact sur l’activité tarde à se manifester.

L’activité économique au Maroc alterne les bons et moins bons résultats avec une régularité de métronome. C’est du moins ce que donne à penser l’observation des données statistiques officielles relatives à la croissance du PIB (voir graphe).

Après 2,4% en 2014, le PIB croîtrait de 4,3% à 4,4% en 2015, et guère plus de 2,6% en 2016, selon respectivement les estimations et les prévisions du Haut commissariat au plan (HCP). Cette alternance du rythme de l’activité, on le sait, a beaucoup à voir avec la pluviométrie et du coup l’autonomisation de la croissance par rapport à l’agriculture, ce n’est certainement pas pour demain.

Pour l’année qui s’achève, si la croissance a bondi à 4,3% ou 4,4%, c’est principalement grâce à une exceptionnelle production céréalière (115 millions de quintaux) et, plus généralement, à une bonne campagne agricole 2014/2015. En effet, l’arrêté des comptes nationaux du premier et du deuxième trimestres de 2015 montre que la valeur ajoutée agricole a augmenté respectivement de 12% et 14,9%, alors que celle des activités non agricoles a crû de 2% et 1,6%. Et si la croissance économique globale a atteint 4,1% au premier trimestre et 4,3% au deuxième, c’est aussi en raison de la hausse des impôts sur les produits nets des subventions, respectivement de 13% et 14,4%. Pour le troisième trimestre, l’arrêté des comptes nationaux sera publié fin décembre/début janvier 2016, mais la dernière estimation de l’Institut de conjoncture du HCP situe la croissance sur cette période à 4,5%, soutenue par une valeur ajoutée agricole en hausse de 16,6%, tandis que celle des secteurs non agricole ne devrait pas dépasser 1,8%. Pour le quatrième et dernier trimestre de 2015, la valeur ajoutée agricole s’établirait à 16,1% et celle des activités non agricoles à 4,7%, indique la même source. Ces estimations pour les troisième et quatrième trimestres pourraient toutefois être revues légèrement à la baisse, ce qui ramènerait le PIB global en 2015 plutôt à 4,3%, alors que le ministère de l’économie et des finances continue de tabler sur une augmentation de cet agrégat de 5%.

Malgré cette relative amélioration du niveau de l’activité en 2015, les créations d’emplois demeurent encore insuffisantes. Au troisième trimestre, et en glissement annuel, 41 000 emplois nets ont été créés pour une demande additionnelle estimée à 107 000, soit un déficit de 66 000 emplois, selon les indications de la note du HCP sur la situation du marché du travail. Ces 66 000 emplois manquants, dont 52 000 en milieu urbain, correspondent au nombre de chômeurs qui ont rejoint la cohorte des demandeurs d’emplois, portant le volume global du chômage à 1 206 000 personnes, soit 10,1% de la population active. Nous ne reviendrons pas ici sur les causes de la persistance du chômage et de sa rigidité à la baisse (puisqu’il gravite autour de 9% depuis 2006), observons seulement que, progressivement, nous assistons à une destruction des emplois non rémunérés au profit des emplois rémunérés, ce qui, fatalement, impacte le marché du travail. Au troisième trimestre, par exemple, 153 000 emplois rémunérés ont été créés. Mais dans le même temps, 112000 non rémunérés en ont été détruits ; d’où le résultat net de 41 000 postes créés.

Cette tendance est appelée à se poursuivre pour une infinité de raisons, dont la principale est que l’offre de travail devient de plus en plus exigeante, eu égard à l’amélioration des niveaux scolaire et professionnel des nouveaux arrivants sur le marché du travail. Moyennant cette évolution, le chômage pourrait rester encore longtemps au niveau où il se trouve actuellement, voire augmenter, si des emplois de qualité, en nombre suffisant, n’étaient pas créés. Et les emplois de qualité, est-ce utile de le préciser, sont en général offerts dans l’industrie et les services marchands ; très peu dans le BTP et l’agriculture.

Faut-il réformer la fiscalité sur le travail ?

Sur ce point particulier, le gouvernement, comme ses prédécesseurs, n’a pas pu faire grand-chose. D’ailleurs, le pouvait-il, le peut-il encore? Bien qu’elle se soit fixée comme objectif de ramener le taux de chômage à 8% à la fin de sa mandature, l’actuelle majorité semble surtout préoccupée par la dérive des finances publiques et des finances extérieurs, apparue depuis 2009. Et d’un point de vue libéral, qui est celui affiché et revendiqué par le parti conduisant cette majorité, et au moins deux de ses partenaires, la résorption des déficits budgétaire et du compte courant devait conduire logiquement à l’amélioration de l’environnement global des affaires et, in fine, à des créations d’emplois plus conséquentes. Toutefois, si le rétablissement des équilibres macroéconomiques est une réalité que personne n’aurait l’idée de contester, son impact sur le front à la fois de la croissance et de l’emploi est plus mitigé. Peut-être faudra-t-il un peu plus de temps pour que le ménage opéré dans les finances publiques et les comptes extérieurs se diffuse dans le tissu socio-économique et produise l’effet recherché. Mais le temps, seul, est-il suffisant ?

Outre celles destinées à maîtriser les dépenses, comme la compensation ou encore la retraite (à l’état de projet pour l’instant), quelles réformes faudrait-il mener pour que le marché domestique redevienne plus vigoureux qu’il ne l’est en ce moment ? Depuis longtemps, c’est en effet la demande intérieure qui, pour l’essentiel, tire la croissance économique. Or, depuis 2009, le constat établi est que cette demande intérieure, par trop “boulimique”, parce que nourrie à coup d’importations dont une partie était subventionnée, était aux origines des déficits budgétaires et du compte courant. Par conséquent, s’il est nécessaire de redynamiser cette demande intérieure, ce n’est sans doute pas pour retourner à la situation ante. Une demande intérieure, économiquement neutre si l’on peut dire, serait celle qui absorbe une offre pour l’essentiel produite localement. Pour cela, les entreprises doivent être compétitives, et pour le devenir, il faudra agir à la fois sur les leviers de la fiscalité, de l’éducation, de la justice, entre autres.
On ne peut pas dire qu’à l’endroit des entreprises, rien n’a été fait. L’IS proportionnel au résultat est déjà une action intéressante, même si le patronat souhaite un IS progressif. Dans tous les cas, l’amélioration de l’investissement, notamment privé, est indispensable, après les baisses enregistrées deux années de suite (2013 et 2014). Pour 2015, l’investissement, qui a déjà montré des signes de rebond au troisième trimestre (+1,7%) et au deuxième (1,2%), devrait redevenir positif au terme de l’année (+0,2%) selon les estimations du HCP. Mais cela reste insuffisant.

Pour ce qui est de l’autre composante de la demande intérieure, la consommation des ménages (près de 60% du PIB), sa croissance a ralenti ces dernières années (+2,9% en 2014, +3,7% en 2013, +4,1% en 2012) mais devrait remonter en 2015 à 3,5%, pour retomber en 2016 à 2,9%. Certes, la maîtrise de l’inflation (1,7% sur les 10 premiers mois de l’année, 1,5% sur l’ensemble de l’exercice) fait partie des outils qui favorisent la consommation, mais les chiffres de cette variable sont une moyenne dans laquelle tout le monde ne se retrouve pas. Surtout, les ménages modestes, qui consacrent le gros de leurs dépenses à l’alimentation, doivent en ressentir les effets puisque l’essentiel de l’inflation enregistrée est d’origine alimentaire (+2,8% à fin octobre). En fait, l’une des meilleure façon de dynamiser la consommation, c’est encore de créer des emplois nombreux et de qualité et, pourquoi pas, de revoir la fiscalité sur le travail. Pour l’instant, ces chantiers, toujours à l’ordre du jour, ne sont pas encore vraiment ouverts. Si elle le veut, l’équipe actuelle a encore une année pour le faire…


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